Aaron Fernandez

INTERVIEW – 04/12/2008 
Aaron FERNANDEZ LESUR,
réalisateur,
(né à Chihuahua au Mexique, 1972)

aaron-fernandez-lesurAprès avoir réalisé plusieurs court-métrages, Aaron Fernández, de père mexicain et de mère française, sort son premier long-métrage : Partes usadas. S’il vit d’ordinaire au Mexique, Aaron a fait ses études de cinéma à l’université Paris III. Il manie donc avec aisance le français, langue choisie pour l’interview qu’il nous a accordée au cinéma le Rio.

 

Ton film est sorti dans les salles en France le 19 novembre. Quel accueil a-t-il reçu ?
Il est lancé sur 6 copies seulement. Pour l’instant, le public n’est pas très nombreux. C’est une période difficile vu le nombre de films qui sortent en ce moment. Par contre, il a reçu un bel accueil dans la presse avec notamment une critique assez bonne dans Télérama.
Le film traite d’une relation d’amitié entre deux adolescents, le tout sur fond de trafic de pièces détachées de voitures à Mexico. Tu as fait référence au roman picaresque. Peux-tu nous expliquer ?
L’idée pour les deux personnages, c’était d’avoir une paire d’amis qui fait les 400 coups et se réapproprie la ville. Comme dans les romans picaresques et en référence à « La vida de Lazarillo de Tormes », je voulais un couple bancal avec deux gosses complémentaires.Au casting, on a vu pas mal de gosses, mais quand on a vu Eduardo Granados et Alan Chávez ensemble, on a dit : « C’est eux ». En fait, le film leur doit beaucoup. Eduardo et Alan ressemblent beaucoup aux personnages qu’ils interprètent (ndlr : Iván et Efraín). Ils viennent de quartiers défavorisés. Ils sont eux-même.
À voir ton film, on a l’impression que tous les mexicains rêvent d’immigrer aux États-Unis?
Ça touche en effet un très grand nombre de personnes. C’est une question d’argent avant tout, de qualité de vie, de salaires. Cependant, dans mon film, l’immigration reste un prétexte, un ressort dramatique. Ce n’est pas le sujet du film.
Il y a quelquechose qui saute aux yeux dans le film : Iván et Efraín sont à un tournant de leur existence. Ce sont encore des enfants (ils jouent) et doivent pourtant grandir très vite pour gagner de l’argent.
Je voulais montrer ce contraste en décrivant leur quotidien. D’un côté, ils mènent une vie d’adulte en travaillant, de l’autre on découvre des moments de lyrisme, de divertissement… Il faut savoir que le travail des enfants au Mexique est toléré. Je le montre comme un fait.
La scène de nuit où les deux enfants marchent en shootant dans une canette de coca est superbe. Peux-tu nous l’expliquer ?
D’abord ce n’est pas une canette de coca mais une canette de bière (rires). Non, en fait, j’avais cette image en tête dès le départ du projet et elle est restée jusqu’à la fin. Je tenais à ce plan. C’est un peu comme une métaphore de leur vie. C’est un plan qui marche dans la durée. Pour la musique qui soutient cette scène, j’ai pensé tout de suite à Beethoven.
Peux-tu nous parler des scènes de nuit, sombres, et des conditions de tournage à Mexico ?
C’est un film qui joue sur l’alternance, jeu-travail, jour-nuit. Ce n’est pas un film pessimiste. Il est même un peu light. Je voulais éviter le piège de la violence et du misérabilisme. La fin est logique.
On sent chez toi une filiation avec un autre réaliteur mexicain Fernando Eimbcke (Lake Tahoe, Temporadas de patos…).
Au niveau du style, ça n’a rien à voir. Il utilise des plans lointains et reste très naïf, « bobo ». Mon film, au contraire, bouge.
De qui te sens-tu proche alors ?
Des frères Darden, de Ken Loach, qui est très pamphlétaire. Ce sont des cinéastes intéressants, très rigoureux. De Buñuel aussi, du Buñuel de « El bruto » (ndlr : L’enjoleuse) plutôt que de « Los olvidados » (ndlr : Les réprouvés), de Pasolini. En fait, je suis très cinéphile et j’ai surtout appris dans les films. Comme réalisateur, il y a aussi Glauber Rocha, chef de file du « cinema novo » au Brésil, de ce mouvement cinématographique qui avait pour slogan : « Une caméra à la main et une idée dans la tête ». Tous ces réalisateurs m’ont influencé dans ma démarche. On a d’ailleurs dit de mon film qu’il était proche du néo-réalisme, qu’il procédait d’un cinéma très descriptif, direct.
Sur quel projet travailles-tu actuellement ?
Je termine le scénario d’un long-métrage qui s’intitulera « Las horas muertas » et qui se déroule sur la côte de Véracruz. C’est une histoire d’amour impossible. Je souhaite commencer le tournage en novembre 2009.

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Eduardo Granados et Alan Chávez, les deux jeunes acteurs du film « Partes usadas » de Aaron Fernandez

drapeau-espagnol ENTREVISTA – 04/12/2008 
Aaron FERNANDEZ LESUR,
director, (nacido en Chihuahua, México, 1972)

Después de dirigir varios cortos, Aarón Fernández, hijo de padre mexicano y de madre francesa, propone su primer largometraje : Partes usadas. Aunque vive en Mexico, Aarón hizo sus estudios de cine en la facultad Paris III. Por eso, domina perfectamente el francés, idioma en el cual la entrevista tuvo lugar en el cinema « Le Rio » en Clermont-Ferrand.

Tu largometraje salió en Francia el 19 de noviembre pasado. ¿Cómo fue acogido ?
Lo salieron nada más que con 6 copias. El público que aun lo vió, es muy restringido. Es un periodo difícil dado al nombre de películas que salen en el momento. Sin embargo, a nivel de la prensa, recibió una buena acogida con una crítica bastante buena en el semanal Telerama.
La película narra una relación de amistad entre dos adolescentes, con una tela de fondo centrada en el tráfico de partes usadas de coches en Mexico. Hiciste alusión a la novela picaresca. ¿Puedes aclararnos?
La idea para los dos personnajes, era tener una pareja de amigos haciendo barrabasadas y apoderándose de la ciudad. Al igual que en las novelas picarescas, y en referencia a La vida de Lazarillo de Tormes, yo quisiera manejar una pareja patituerta con dos chiquillos complementarios. Durante el casting, vimos a muchos niños, pero cuando aparecieron Eduardo Granados y Alan Chávez juntos, fue cuando dijimos : « Los tenemos ». De hecho, la película está en deuda con ellos. Eduardo y Alan se parecen mucho a los personajes que interpretan (ndlr: Iván y Efraín). Salen de barrios pobres. Actuán como son en la vida real.
Viendo a la pelí, se podria pensar que a todos los mexicanos les gustaría emigrar a Estados Unidos.
Sí, concierne a muchas personas. Ante todo, es cuestión de dinero, de calidad de vida, de sueldos. Sin embargo, en mi película, la emigración es puro pretexto, un efecto dramático. No es el tema de la película.
Algo sorprende en la pelí : Iván y Efraín están en un momento crucial de su existencia. Quedan chiquillos (juegan) y, al mismo momento, deben crecer de manera fulgurante para ganarse la vida.
Yo quería mostrar ese contraste describiendo sus vidas cotidianas. Por una parte, llevan la vida de adultos que trabajan, y por otra parte, se descubren momentos de lirismo, de ocio. Tenéis que saber que el trabajo de los niños en México está permitido. Yo, no hago más que mostrarlo.
La escena de noche en la cual los dos chiquillos andan chutando en una lata de coca es estupenda. ¿Puedes explicarla?
Primero, no es lata de coca si no de cerveza (risas). No, en realidad, yo tenía esta imagen en la mente desde el principio del proyecto y la imagen se quedó hasta el final. Yo, tenía empeño en guardar este plano. Es un poco como una metáfora de sus vidas. Es un plano que funciona gracias a la duración. En cuanto a la música de fondo, pensé en seguida a Beethoven..
¿Puedes hablar sobre las escenas rodadas de noche, oscuras ?
Es una película que pone en evidencia la alternación, ocio-trabajo, día-noche…No es pesimista. Hasta queda un poco « light ». Yo quería evitar la trampa de la violencia y del miserabilismo. En eso, el fín es lógico.
Paramos en ti una filiación con otro director mexicano : Fernando Eimbcke (Lake Tahoe, Temporadas de patos…)…
A nivel del estílo, no hay nada que ver. El, utiliza planos filmados desde lejos y queda muy cándido, bobo… Todo al contrario, mi película se mueve.
¿Cuáles son tus influencias entonces ?
Los hermanos Darden, Ken Loach, que es muy panfletista. Son cineastas interesantes, muy rigurosos. Buñuel también, el Buñuel de El bruto, más que Los olvidados…. Pasolini. Pues, soy muy cinéfilo y sobre todo he aprendido viendo películas. Estoy pensando también en el director Glauber Rocha, que encabezaba el movimiento cinematográfico « cinema novo ». Tenían como eslogán : « Una cámara en la mano, una idea en la cabeza ». Todos estos directores influencian mi trabajo. Hasta se dice que mi largometraje se queda muy cerca del neorealismo, que deriva de un cine muy descriptivo, directo.
¿Cuál es tu proyecto de hoy?
Estoy acabando el guión de un largometraje que se llamará Las horas muertas y que se desarolla en la costa de Veracruz. Es la historia de un amor imposible. Espero empezar a rodar en noviembre 2009.

Olivier Moran